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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 14:39


Attention, bijou. Contrairement à mon ami Linsky, j’ai découvert Carpenter et ses films assez tardivement (Moi je suis jeune moi ! [/petit con]). J’ai d’ailleurs acheté aveuglément The Thing en DVD lors de sa réédition tellement Linsky me faisait des éloges sur ce réalisateur… Et je me suis pris une jolie claque ayant trouvé ce film incroyable (Mais je laisse le soin au loupiot de vous en parler, il n’attend que ça ^^). Et donc me voilà de nouveau dans ma quête de découvrir la filmographie de Carpenter… Et là je tombe sur Assaut.

 
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Autant vous le dire tout de suite, dans le cinéma, s’il y a bien un genre de prédilection que j’ai, c’est le huis-clos. Ce sont généralement des films qui, souvent en raison d’un faible budget, vont contraindre le réalisateur à contrebalancer ce « point faible » en perfectionnant l’écriture des personnages et les dialogues. On se rapproche un peu plus d’une pièce de théâtre quelque part. Assaut en fait partie.



Banlieue de Los Angeles. Le Central 13 est un commissariat sur le point d’être désaffecté. Pour son premier jour de service, le Lieutenant de police Ethan Bishop se voit assigné à la permanence du bâtiment le temps d’une dernière nuit, au côté d’un personnel réduit.


C’est alors que deux événements majeurs vont survenir en fin de soirée. Le premier est l’arrêt inopiné d’un fourgon pénitentiaire transportant des prisonniers en route pour la peine capitale. L’un des prisonniers étant gravement malade, l’officier en charge n’a nul autre choix que de faire une halte temporaire et appeler un médecin. Le second évènement est l’arrivée d’un homme affolé demandant protection car poursuivi par un gang dont il a tué l’un des membres pour venger sa petite fille froidement assassiné.


Le vétuste commissariat va alors se retrouver assiégé, le gang ayant pris soin de couper l’électricité et le téléphone. Un premier assaut est donné et très vite les quelques survivants seront le Lt. Bishop, deux secrétaires et deux des prisonniers dont l’un d’entre eux n’est autre que le dangereux « Napoléon » Wilson. Conscient de la « célébrité » du personnage mais également conscient de l’écrasante supériorité numérique des assaillants, le Lt. Bishop n’a nul autre choix que de libérer et armer les prisonniers. Seule une coopération entre eux pourrait leur permettre de survivre.


Cette nuit sera longue, très longue…

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Pour ce film, Carpenter a clairement revendiqué son inspiration auprès de deux autres films : le Western Rio Bravo de Howard Hawks, et le film d’horreur The Night of the Living Dead de George A. Romero. Si le parallèle avec le premier film semble assez évident (Un bureau de shérif assiégé) celui avec le second film ne l’est pas forcément au premier abord. Mais nous allons très vite voir pourquoi cette comparaison.

 

Réalisé en 1976, Assault est le deuxième film de Carpenter. Comme souvent, il endosse à la fois la casquette de réalisateur mais aussi celle de compositeur et il peut se le permettre. Le thème musical du film est probablement l’un des thèmes les plus marquants et envoutants que j’ai eu l’occasion d’entendre (Dont un remix intitulé « Hip hop on Precinct 13 » et réalisé par le groupe Bomb the Bass a servi de thème principal du jeu Xenon II. Musique devenue à présent culte pour bon nombre de joueurs). Entièrement fait au synthétiseur, le thème principal conserve ainsi un aspect mécanique et oppressant mais également une atmosphère glaciale totalement dans le propos.


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En effet, ce thème retranscrit à la perfection le côté calculateur et froid du gang tel que Carpenter veut nous le montrer dans son film. Dès le début, on devine que l’on n’a pas à faire à un gang ordinaire : Celui-ci est pluriethnique, chose inhabituelle. La déstabilisation augmente encore d’un cran en nous montrant qu’ils disposent d’un arsenal d’armes à feu très conséquent suite à un braquage récent et qu’ils sont considérés par la police comme excessivement dangereux.


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Pour finir, on n’entend quasiment jamais les membres du gang parler entre eux. Ils agissent toujours calmement et n’ont aucunement peur de la mort, bref ils sont complètement déshumanisés et c’est là que le parallèle avec les zombies de Romero devient apparent. Tout au long du film, le gang représentera une force inébranlable, une menace dont on ne peut venir à bout. Assaut est donc constamment à la limite du film fantastique voire d’horreur.


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Ce qui suit révélera quelques détails de l’intrigue… A vous de voir si vous voulez continuer ou voir le film en premier (Filez vite aux deux derniers paragraphes dans ce cas) ;)


 

Mais cet exercice de style n’est pas gratuit. A mes yeux la première thématique impeccablement traité dans le film est celle du cercle sans fin de la violence. Le film commence par une fusillade entre la police et six membres du gang en question qui perdront tous la vie. Les chefs du gang décident alors de venger leurs frères en abattant aléatoirement six personnes dans la rue dont une petite fille. Le père arrivant sur les lieux quelques secondes plus tard, réussira à identifier les agresseurs et les poursuivra pour se venger. Il parviendra à descendre l’un d’entre eux puis, désemparé par la tournure des événements, viendra se réfugier au Central 13 se trouvant à proximité… Durant toute la première partie du film, on assistera à cette construction lente et immuable des événements pour arriver au lieu final de cet envenimement : Le central 13.


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Voyons à présent trois des protagonistes du film qui sont très intéressants dans leur écriture. Malgré leurs caractères assez différents, tous sont profondément humains (ce qui contraste totalement avec ce gang déshumanisé).

 

Tout d’abord le Lt. Bishop incarné par l’acteur Austin Stoker. Seul représentant de l’ordre, il sera au début pour le spectateur la seule stabilité dans ce chaos. Ayant grandi dans un quartier pauvre, il aurait pu finir délinquant mais a réussi à s’en sortir comme il l’explique à un moment donné. Il possède également un sens du devoir aigüe : Pour lui la vie d’un prisonnier a la même valeur que la sienne. Mais il ne reste qu’un humain et afin de garder tout le monde en vie, il ne peut s’empêcher de manifester une certaine anxiété.


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Ce dernier point de caractère est totalement l’inverse pour le personnage de Leigh, l’une des secrétaires. Laurie Zimmer y incarne une femme forte, déterminée et également très flegmatique. Mais elle possède le même sens moral que le Lt. Bishop. Elle ne s’arrête pas aux apparences et s’intéresse en premier lieu à l’être humain qu’elle a en face de soi. On peut d’ailleurs s’en rendre compte lors de l’arrivée de Bishop au commissariat : Elle est la seule personne à vouloir spontanément discuter avec lui tandis que la deuxième secrétaire et l’autre policier ne lui accorde qu’un intérêt formel.


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Le dernier personnage et non moins intéressant est celui du prisonnier « Napoléon » Wilson, véritable antihéros interprété par Darwin Joston. Assez pragmatique par nature et un rien nihiliste. Cela lui donne un caractère assez détaché en trouvant régulièrement le mot pour rire quelque soit la situation. Son personnage est d’abord dépeint comme celui d’une personne extrêmement dangereuse à laquelle il faut constamment se méfier. Mais on découvrira par la suite une réalité bien différente. Il aurait pu profiter d’une occasion pour s’enfuir mais il ne peut s’empêcher de rester reconnaissant envers Bishop et Leigh qui ont vu en lui un être humain avant le prisonnier. Il ne peut les abandonner à leur sort. Sentiment renforcé par l’amour naissant et réciproque entre lui et Leigh mais qui hélas est voué à ne jamais aboutir. Un triste sentiment de fatalité est régulièrement perceptible chez ce personnage.


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En plus de leur profond humanisme, ces trois personnes ont également un autre point commun qui pourrait être perçu comme un message : Celui de ne jamais abandonner et de toujours lutter pour vivre. Le personnage de Julie (la deuxième secrétaire) symbolise le refus de se battre, la démission. Pire que cela, pour pouvoir rester tranquille, elle serait prête à livrer au gang le père venu demander de l’aide. La phrase de reproche qu’elle lance à l’égard de Bishop et Leigh qui restent médusés par sa proposition est d’ailleurs bien plus pertinente en V.O. : « Don’t give me that civilized look ». Elle mourra un peu plus tard victime d’une balle perdue. Quant au personnage de Wells (le deuxième prisonnier) lui aussi représente une autre forme de refus à savoir la fuite. Son sort sera le même que celui de Julie…

 

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Un petit mot sur la mise en scène. Autant vous l’avouer, elle risque de paraître un peu « vieillotte » pour certains. Notamment les scènes d’actions avec des acteurs un peu figés par moment. Mais personnellement je le vois plus comme une volonté de marquer des images dans l’esprit du spectateur, comme un tableau. Je comprends que cette manière de filmer (très différente du dynamisme que l’on a l’habitude de voir à présent) puisse en rebuter quelques uns mais ça serait assez dommage de lâcher le film pour cette seule raison.

 


Bref, je ne saurais trop vous conseillez ce film. Comme pour The Thing, Carpenter parvient incroyablement à retranscrire une ambiance sombre, pesante et mystérieuse qui sublime un traitement scénaristique inventif, transgressif et clairement non dénué de thématiques (Cercle infernal de la violence, contraste entre la profonde humanité des protagonistes et la « déshumanisation » du gang, lutte pour survivre…). Une œuvre marquante à plus d’un titre.

 

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