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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 20:57

Comme beaucoup de personnes de ma génération j'aime l'heroic fantasy (même si je préfère les univers futuristes). Mais là où pour beaucoup l’heroic fantasy commence plutôt avec Le Seigneur des anneaux, moi c'est Taram et le chaudron magique qui m'a marqué :

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Non, je déconne, certes j'aime beaucoup ce dessin animé, mais c'est surtout à cause de son armée de squelettes, qui était super cool pour l'enfant que j'étais.

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Plus sérieusement, le personnage qui pour moi représente le mieux l’heroic fantasy, c'est Conan le barbare.

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Alors évidemment, quand j’étais enfant, ce fut surtout le superbe film de John Milius qui me marqua ; je n'ai découvert les romans que bien plus tard. D’une part, ce film m’a beaucoup impressionné grâce à ses superbes paysages de steppe.

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Mais j’ai surtout été marqué par ce héros qui mêle une certaine noblesse qu'il a apprise auprès des plus grands maîtres d'armes de son monde

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À une sauvagerie sans limite quand il s'agit de survivre.

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Bref, après ce film, je voyais mal l’heroic fantasy sans personnage de barbare. D’ailleurs, même si la suite de Conan fut très décevante, étant gosse je l'ai beaucoup aimée (en même temps, je n'étais pas un public difficile : tant qu'il y avait des monstres magiques en carton pâte et Conan qui éclatait la tête des méchants, ça m'allait).

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Il faut reconnaître que le film n'avait pas que des défauts et possédait aussi de beaux décors.

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Sauf que la mode des films de barbare a vite fait son temps, remplacée par celle des gnomes nettement moins sauvages comme Willow.

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Heureusement que Madmartigan rattrappait un peu le coup dans Willow (« un peu » car c’est, au final, plus un side-kick comique et trop gentil qu'autre chose).

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Plus récemment, on a eu droit au trio à l'aventure la plus chiante qui ait jamais existé, au point que le réalisateur passe plus de temps à nous parler de leurs amis à l'autre bout du pays, qui, eux, font des choses intéressantes.

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Bref, le barbare est tombé dans l'oubli, et ce n'est pas le reboot de Conan qui a réussi à relancer le personnage.

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Alors, en attendant, on passe le temps en regardant des dessins animés comme Musclor, où certes l'apparence du héros rappelle la figure du barbare, mais dont l'état d'esprit est bien loin d'un Conan.


On regarde également l'adaptation franco-américaine de Conan, qui est sympathique pour peu que l'on supporte la voix du phœnix qui l'accompagne dans tous les épisodes (en plus, comme c'est un phœnix, il ne veut même pas mourir argghhhhhhh !!!!! ).

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Cette adaptation reste toutefois carrément moins violente que l’original, vu qu'il suffisait que l'épée de Conan s'approche d'un ennemi pour que celui-ci soit renvoyé dans sa dimension sans même que le héros ait à le frapper.

La violence du film de Milius s’est retrouvée surtout dans des jeux vidéo.
Très vite, sur mon Amstrad, je décapitais d'autres barbares dans Barbarian, l'un des jeux les plus violents de son époque. Toutefois, il fit alors surtout scandale pour sa jaquette, sur laquelle posait une actrice porno et il nous semble maintenant très sage.

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Plus tard, la trilogie Golden Axe sur Megadrive nous permit de casser des crânes avec un barbare (certes, il s'avère qu'à cette époque mon engouement s’est porté particulièrement sur le personnage du nain qui correspondait plus à mon style de jeu) :

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De la même façon, dans les jeux de société, je passais mon temps à vouloir retrouver ce barbare que j'aimais tant, comme avec l'excellent Warhammer Quest :

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Dans ce jeu, je finissais pourtant aussi par faire des infidélités au barbare, lui préférant encore une fois le nain pour des raisons de gameplay...

En revenant aux jeux vidéo, je retrouvais un peu de l'esprit barbare dans Kratos de God Of War :

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Il y eut bien un clone de God Of War avec Conan qui fut très sympathique (il faut dire qu’on y affrontait un éléphant mort-vivant ! Si ce n'est pas la classe…), mais il ne se vendit pas assez pour que l'on puisse avoir une suite.

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Il fallut que sorte un nouveau Golden Axe, Beast Rider, pour que je retrouve un peu de cette sauvagerie barbare (et ce même si peu de gens ont apprécié ce jeu car son gameplay était trop basé sur le scoring, là où les gens espéraient un God-of-War-like bourin et crétin...), malgré le fait que l'on jouait l'amazone de la série plutôt que le barbare.

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Finalement, le gros problème est que je ne retrouvais pas forcément ce que j'avais aimé dans le film de Milius. Conan et ses clones barbares se contentent le plus souvent de butter des méchants et à se taper des femmes de la façon la plus macho possible. Dans le film de Milius, je voyais un homme qui ne respecte pas forcément la loi, mais respecte des valeurs fortes (la liberté, l'amitié et l'amour, aussi cucul que cela puisse paraître). Son rapport avec les femmes était intéressant car, dans ce film de 1982, Conan sert, durant sa jeunesse, de gladiateur dans des combats similaires à des combats de coqs, et ,de la même façon que l'on fait se reproduire un bon coq, on donne à Conan des femelles pour qu'il se reproduise. Pourtant, malgré ça, durant toute l'aventure, Conan ne semble pas manquer de respect envers les femmes, ce qui prouve la qualité d'écriture du personnage.

Bref, comme je recherchais une histoire où je pouvais trouver ces valeurs, il fut normal que je me tourne vers les origines du personnage. Cela tombait bien car, à l'époque, les éditions Bragelonne venaient d'éditer l'intégrale de Conan le Cimmérien de Robert E. Howard.

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La lecture de cette intégrale est très intéressante, surtout grâce aux commentaires, qui nous apprennent pas mal de choses sur les raisons de l'évolution du personnage au fil des nouvelles. On peut toutefois être très agacé par le besoin du commentateur de nous donner des informations fausses pour après nous dévoiler qu’il nous a menti pour nous faire la surprise de la vraie information. Ce genre de faux suspens le discrédite plus qu’autre chose.

Commençons par résumer brièvement le premier tome pour vous donner une idée de ce que l’on y apprend.

On découvre d'abord notre Conan en tant que roi d'Aquilonie, fonction qu’il a acquise en tuant de ses mains le précédent roi. Conan est alors vieux et fatigué mais encore assez fort pour réussir à faire échouer à lui seul une tentative d'assassinat sur sa personne savamment organisée.

Les histoires suivantes se situent dans le passé de Conan de façon très imprécise. On le découvre, par exemple, jeune voleur dans "Le dieux dans le sarcophage", une des nouvelles que je pris le plus de plaisir à lire à cause de son concept. Et on y voit apparaître un serpent géant, monstre classique de l'univers de Conan (avec les gorilles géants, les seuls monstres qui apparaîtront dans quasiment toutes les nouvelles de Robert E. Howard).

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"La reine de la côte noire" a sans doute été l'inspiration principale du film de Milius. On y retrouve certains événements marquants du film (comme la bien-aimée de Conan qui le sauve par-delà la mort), qui non seulement présentent de façon magnifique le personnage de Conan mais critiquent également le fonctionnement de notre société :

"Donc, la nuit dernière, dans une taverne, un capitaine de la garde royale a fait violence à la compagne d'un jeune soldat, et naturellement ce dernier a embroché le capitaine. Mais il semble qu'il existe une satanée loi interdisant de tuer des gardes, aussi le garçon et la fille ont-ils pris la fuite. Le bruit s'étant répandu que l'on m'avait vu en leur compagnie, on m'a donc traîné aujourd'hui devant un tribunal. Un juge m'a demandé où avait fui le graçon. J'ai répondu que, comme c'était un ami, il m'était impossible de le trahir. Le juge s'est mis en colère et m'a tenu un grand discours où il était question de mon devoir envers l'Etat, la société, et d'autres choses auxquelles je n'ai rien compris, et m'a prié de lui dire où mon ami s'était réfugié. A ce moment, je commençais moi aussi à être furieux car j'avais clairement expliqué ma position.
Mais j'ai ravalé ma colère et mon calme. Le juge a repris de plus belle, braillant que j'avais fait offense à la cour et que je devais donc être jeté dans un cachot pour y moisir jusqu'à ce que je dénonce mon ami. Comprenant alors qu'ils étaient tous fous, j'ai sorti mon épée et j'ai fendu le crâne du juge en deux; je me suis ensuite frayé un chemin jusqu'à la sortie du tribunal."

Toutefois, assez vite, les histoires tournent autour de ce que j'aime le moins comme vision du personnage, avec un schéma très classique : Conan arrive dans un nouveau lieu, rencontre un méchant, le bat et délivre une femme, qui tombe quasi-instantanément dans ses bras. En lisant les commentaires, on apprend que l'auteur avait un besoin urgent d'argent et qu'il se pliait aux demandes de son éditeur, ce qui est plutôt triste.

En lisant ces nouvelles, on s'aperçoit aussi que le dessin animé Conan l'Aventurier était surprenamment fidèle aux nouvelles de Conan, les scénaristes s'étant débrouillés du mieux qu'ils pouvaient pour adapter pour les enfants ces histoires. On sera ainsi surpris de retrouver des histoires comme "La fille du géant du gel" ou "La tour de l'éléphant" adaptées d'une façon plutôt propre quand on réfléchit aux nombreuses contraintes qu'avait l'équipe faisant le dessin animé (la durée de l'épisode, le fait de devoir inclure au moins un side-kick de Conan et de supprimer la plus grande partie de la violence).

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Finalement, ce premier tome fut, passées les deux ou trois premières histoires, une déception : où est donc ce Conan que j'ai appris à aimer ? Est-ce juste la vision de John Milius qui a rendu ce personnage intéressant ?

Le tome deux de l'intégrale contient heureusement une fantastique nouvelle, la plus longue qu'aura écrit Robert E. Howard à propos de Conan : « L'heure du dragon ».
On se retrouve dans un récit épique où le roi Conan est confronté à un sorcier. Il perdra tout avant de se battre pour tout regagner (on pourrait faire le lien avec des films comme le récent Dark Knight Rises de Nolan).

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Si dans cette histoire Conan rencontre bien une femme qui finira avec lui, cette dernière est une prostituée et, pour la remercier de son aide, il la fera reine, chose assez inhabituelle car le plus souvent Conan séduit des femmes de rang social supérieur. Dans cette nouvelle, c'est Conan qui est touché par la gentillesse de cette prostituée, qui l'aide lorsqu'il n'a plus rien et il décide de la sortir de sa misère pour la remercier.

Bref, on retrouve dans cette histoire le Conan que j'ai appris à aimer, celui que je voudrais voir apparaître dans bien plus d'histoires, celui qui, bien que puissant, garde du respect pour ceux qui n'ont pas sa force.

Il y a une autre facette du personnage de Conan que j'aime beaucoup et qui m'a semblé plus spécifique aux nouvelles. Elle est surtout visible dans le troisième tome de cette intégrale (bien qu'on la trouve dans certaines nouvelles des précédents tomes). Conan y est une forme d'esprit de la nature indomptable qui regarde l'humanité s'écrouler. C'est très flagrant dans les dernières nouvelles que Robert E. Howard a écrit et qui sont très pessimistes vis-à-vis de la survie de sa société (rappelons qu'il s’est suicidé vers ses 30 ans). Dans les nouvelles comme "Au-dèlà de la rivière Noire", Conan se place plus en observateur de civilisations qui s'écroulent. Rien ne l'arrête mais tous ceux qui l'entourent meurent qu'il choisisse de les aider ou non.

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La nouvelle se finit par la constatation d'un trappeur qui regarde Conan et dit :

"La barbarie est l'état naturel de l'humanité. La civilisation n'est pas naturelle. Elle résulte simplement d'un concours de circonstances. Et la barbarie finira toujours par triompher."

Au-delà du pessimisme incroyable de cette constatation (qui explique sans doute bien des choses quant au funeste destin de l’auteur), l’histoire fait aussi réfléchir sur la raison pour laquelle nous sommes fascinés par ces personnages qui construisent dans la douleur, deviennent libres et inarrêtables et pourtant arrivent à garder du respect pour ceux qui n'ont pas leur force.

Aimons-nous dans nos jeux vidéo jouer des personnages comme Conan (ou suivre l'histoire de ce genre de personnage dans des films) juste pour le plaisir de tuer nos adversaires ? Ou n'est-ce pas aussi pour, l'espace d'un instant, être celui qui survit, cette force de la nature qui suit des valeurs justes et pas les règles de la civilisation qui lui ont été imposées. Il semble que ces personnages nous offrent un exutoire des frustrations que nous impose la nécessité de contenir la part de violence qui est en nous avec en plus l'assurance que l'on a raison.
En effet, c’est aussi l’une des grosses peurs de notre vie que de faire quelque chose qui nous semble juste et de se rendre compte que l’on a tort (comme le choix que fait le personnage principal à la fin du film The Myst par exemple).
Dans ces histoires, la victoire du héros nous prouve la justesse de son choix.

Il y a une autre facette que j’aime beaucoup dans les histoires de Conan : l’aventure, le fait de découvrir de nouvelles contrées (ce qui renvoie d’ailleurs à l’un de mes précédents articles) d’Hyboria.
Car de la même façon, partir en voyage dans des endroits lointains, isolés de notre quotidien, est un exutoire à ce manque de liberté que nous impose notre quotidien car nous aussi, comme Conan, nous voulons courir dans les steppes.

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Published by Ray, qui est content d'avoir une excuse pour mettre une photo de son voyage en Ecosse dans un article ;) - dans Pas de PopCorn pendant la seance !
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