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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 17:53

Premier spin-off de la série d’OAV Bubblegum Crisis, AD Police Files s’avère à mes yeux une réussite totale. Notamment pour le fan de cyberpunk "sans concession" que je suis. En effet, alors que Crisis optait, de manière originale et très plaisante, pour une certaine légèreté dans son approche du genre, AD Police Files prend complètement le contre-pied en décidant de nous plonger dans un "MegaTokyo" entièrement glauque, violent et déshumanisé. De manière plus simple, on pourrait dire que là où Bubblegum Crisis s’inspirait de Blade Runner principalement dans la forme, AD Police Files, lui, le fait dans le fond… Voyons cela de plus près.

 
Année 2027. Cela fait maintenant près de deux ans que Tokyo fut quasiment détruite par un gigantesque tremblement de terre. Grâce aux « boomers », des robots produits par une société spécialisée du nom de Genom, la reconstruction de la ville a pu se faire en un temps record, au-delà de toute espérance. La vie citadine a fini par reprendre son cours normal, au sein d’un « MegaTokyo » plus moderne et futuriste que jamais, empreinte d’une fuite en avant technologique quasi frénétique.  

 

Très utiles, les Boomers sont désormais présents dans tout les secteurs d’activités de cette nouvelle société, notamment ceux où le travail s’avère pénible et peu gratifiant pour les humains. Cette situation aurait tout pour être idéale si ce n’est un phénomène de plus en plus inquiétant. Pour des raisons encore obscures, certains Boomers finissent par sombrer dans une sorte de folie, se rebellant contre les humains voire les attaquant. Afin de répondre à cette nouvelle menace, une unité issue de la police traditionnelle et spécialisée dans l’élimination de ces boomers défectueux est alors créée. Son nom: AD Police...      

 

 

Petite série de 3 OAV, AD Police Files sort durant l’année 90 soit peu de temps avant que Bubblegum Crisis ne prenne fin (Deux manga ont également vu le jour conjointement mais je vous en reparlerai plus loin).  

Trois OAV, trois dossiers de l’AD Police, trois histoires qui bien qu’indépendantes nous permettront de suivre le quotidien de deux membres de cette unité spéciale à savoir l’officier Jeena Malso, véritable femme choc de l’unité, mais surtout un "bleu" tout juste débarqué dans le service, Leon McNichol. Leon… Eh oui, le même Leon que l’on retrouvera cinq ans plus tard en tant qu’inspecteur de l’AD Police dans Bubblegum Crisis ^^    

 

Néanmoins, même si le personnage et l’univers futuriste sont bien les mêmes, l’ambiance, elle, a sensiblement changée. Beaucoup plus sombre et désespéré, le quotidien de l’AD Police contraste fortement avec celui des Knights Sabers où une certaine légèreté et sensualité étaient de mise. Un choix scénaristique qui, à mes yeux, s’avère aussi subtil que pertinent. En effet, ici point de jolies mercenaires dans de puissantes armures stylisées. Juste de simples agents de police disposant de moyens matériels à peine suffisants pour lutter contre un mal qui ne manque jamais de faire des morts au sein de leurs rangs. Chaque lutte contre un boomer est potentiellement la dernière… Une situation que l’on pouvait déjà bien appréhender dans Bubblegum Crisis où les victimes au sein de l’AD Police étaient monnaie courante. D’une certaine façon, AD Police Files permet de comprendre d’autant mieux le salut que représentera l’apparition des Knight Sabers par la suite.    

 

Mais scénaristiquement les choses ne s’arrêtent pas là. Au travers de ces histoires (écrites par Takezaki Tony et Aikawa Noboru), AD Police Files, exploite formidablement son univers cyberpunk et ses thématiques en dépeignant une société qui, ne jurant plus que par le progrès technologique, finit par perdre son humanité.

Une société où l’Homme, grâce aux incroyables avancées en robotique et en biotechnologie, n’hésite plus à remplacer des parties de son corps par d’autres artificielles, et ce pour la moindre raison: Souci de performance au travail, consommation compulsive, refus de la moindre sensation de douleur, pression sociale… (Episode 2).        

 

Une société où les boomers, devenant toujours plus ressemblants aux humains dans l’apparence, l’intelligence et les émotions, sont malgré tout victimes des pires abus (Surexploitation au travail, détournement à des fins sexuels…) et sombrent inévitablement dans une folie bien humaine (Episode 1).      

 

Une société où la vie humaine ne pèse plus très lourd face à des expérimentations scientifiques dépourvues d’éthique. Une Science devenue hystérique dans sa recherche du progrès (Episode 3, et dont l'hommage au Robocop de Paul Verhoeven semble évidente).    

 

Bref, une société qui finira inévitablement par éclater, telle une bulle de chewing-gum que l’on aurait trop gonflé (Oh c’est bô !) et dont Leon et Jeena en seront régulièrement les observateurs impuissants.

 

La réalisation quant à elle n’est pas en reste. Ikegami Takamasa (pour l’épisode 1) et Nishimori Akira (pour les deux suivants) fournissent là un travail remarquable, parvenant véritablement à retranscrire dans la mise en scène cette ambiance sombre, malsaine et désespérée. Sans compter des plans souvent très élaborés et inspirés. L’animation est également de bonne facture pour le support, surtout les deux derniers épisodes qui jouissent par moments de séquences très fluides et détaillées.  

 

Le chara design est lui aussi le fruit de deux personnes à savoir Oda Fujio pour le premier épisode et Nakasugi Toru pour les deux autres. Même si dans l’ensemble cela reste assez homogène, on notera évidemment de légères différences dans l’apparence des personnages. Oda possédant un trait qui n’est pas sans rappeler celui de Kawajiri Yoshiaki concernant la gente féminine. Quant à Nakasugi, son style, bien qu’adulte et agréable, s’avère plus classique et typique des années 90.  

 

Les musiques de leur côté restent plutôt en retrait, en fond. Le travail est néanmoins loin d'être mineur avec plusieurs morceaux, toujours typés années 80, vraiment très agréables. Je pense notamment aux différents endings interprétés par la chanteuse pop-rock Lou Bonnevie. Il arrive même par moment, à l'instar de Bubblegum Crisis, qu'une musique constitue un élément majeur dans la mise en scène. Je veux parler entre autres de l'introduction Jazzy du troisième épisode qui, par son caractère léger et enjoué, constitue un très joli moment de cynisme et d'humour noir...

 

Comme je vous l’ai dit un peu plus haut, les aventures de l’AD Police ont également connues, durant la même période, une déclinaison en manga. Deux manga en fait: AD Police 25:00 et AD Police Ultimate CityDeux one shot confié à un jeune auteur, et qui lui permettront de se faire connaître, Takezaki Tony (A noter que Toshimichi Suzuki, le créateur de Bubblegum Crisis, participera à l'écriture du second one shot).    

A ma connaissance, il n'y a que le deuxième manga qui ait dépassé les frontières du Japon. Peu d'informations sont disponibles concernant le premier. Il semblerait que l'on ait affaire à quelque chose d'un peu atypique dans le format, à la frontière entre artbook et manga avec des histoires (dont certaines serviront de base pour celles des OAV) où les images et le texte (à la fois en japonais et en anglais) sont distinctement séparés... N'ayant toujours pas eu la chance de mettre la main dessus, je ne vous parlerai en détail que du second one shot sorti chez nous sous le simple titre d'AD Police.  

Par rapport aux OAV, l’esprit reste le même. Adulte, sombre, violent et ne manquant pas de critiques envers la société dépeinte. C'est même un peu plus incisif encore (société de consommation, culture d'entreprise...). De plus, le manga apporte scénaristiquement des éléments très troublants concernant l’obscure Genom qui ne serait finalement pas si étrangère au grand tremblement de terre ayant dévasté la ville et auquel la société doit à présent son statut de multinationale inattaquable…     

On retrouve également les mêmes personnages : Jeena et Leon, évoluant une fois encore dans les pires travers de cette société. Le personnage de Jeena prend d’ailleurs un peu plus d’importance et d’épaisseur par rapport aux OAV ce qui est fort agréable. Néanmoins, le format court (manga en un seul tome) empêche hélas de creuser véritablement les protagonistes. Il en était déjà de même avec les OAV, vraisemblablement pour les mêmes raisons. De très bonnes histoires au final où la Genom et ses innombrables complots prennent plus d'importances que dans les OAV mais où Takezaki et Toshimichi n'oublient pas de poser quelques pistes de réflexion sur la différence robot/humain.

Au niveau du dessin, celui-ci s’avère adulte et détaillé, parfois horrifique, avec un trait rappelant énormément celui de Otomo Katsuhiro. L’influence du créateur de Akira sur le travail de Takezaki n'est d'ailleurs pas un secret et les deux auteurs ont déjà eu l'occasion de travailler ensemble. Le découpage est souvent très dense et travaillé. Un peu classique au début mais beaucoup plus dynamique et inventif vers la fin, notamment le dernier chapitre.

   

Il faut également savoir que Takezaki Tony est un peu le deuxième grand illustrateur (après Sonoda Kenichi) de l'univers instauré par Bubblegum Crisis. De par son travail sur AD Police bien sûr mais, ayant également collaboré aux travaux préparatoires sur la série d'OAV Bubblegum Crash, il nous livre quelques illustrations des Knight Sabers qui tranchent radicalement de celles de Sonoda. Malheureusement, Takezaki est un mangaka relativement peu connu en France. En effet, les seules oeuvres sortis chez nous sont deux one shot (AD Police et Genocyber) publiés dans les années 90 et qui ne sont plus réedités actuellement. Alors pour le plaisir, voici une petite galerie non exhaustive d'un artiste qui, à mon sens, mériterait d'être bien plus connu par chez nous ^^ :

 

 

Profondément cyberpunk, AD Police Files, reste pourtant une œuvre un peu "oubliée" lorsque l’on évoque le genre au sein de la japanimation. Elle est pourtant l’une des rares à appliquer ce genre de manière aussi sérieuse et il serait bien dommage de se mettre à l'enterrer trop vite... ;)

 

(Note: Il existe également une adaptation de l’AD Police en une série animée de 13 épisodes, sortie entre 1998-1999. J’ai décidé de ne pas m’y attarder car, à mon sens, cette série est un peu le maillon faible parmi les œuvres dérivant de Bubblegum Crisis. Disons qu’elle se désolidarise considérablement de l’univers initial, dans son ambiance et son background (Même la combinaison des membres de l'AD Police n'a plus rien à voir...) en choisissant une orientation beaucoup plus shōnen. C’est à dire (grossièrement) où l’action prédomine et où le dramatisme et la réflexion restent limitées. Une série qui en soit n’est pas désastreuse (même si la réalisation n’est pas au top), mais juste clairement orientée pour un tout autre public et qui, en raison de son titre, souffre inévitablement de la comparaison avec ses ainés OAV/Manga.)

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Published by Abu - dans Animachion..
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commentaires

Linsky 10/07/2010 15:31


tu m'as scié..
il fallait que je le dise. ^^